Trois jours en gîte à Banne : la cueillette d’olives a mangé mon brouillon initial

mai 21, 2026

Le filet a claqué sous l'olivier du Mas Provençal, et le bruit sec des olives sur la toile m'a coupé net. Depuis du côté de Caen, j'ai mis 8 heures pour rejoindre Banne, en Ardèche, pour trois jours de cueillette, de tri et de moulin. En tant que rédacteur spécialisé en voyage gourmand pour magazine en ligne, j'ai vite compris que mon brouillon du matin n'allait pas survivre au terrain. J'ai été frappé par l'odeur d'herbe coupée qui collait déjà à ma veste.

Je ne savais pas à quoi m'attendre, entre mon travail, ma fille et un calendrier serré

En tant que rédacteur spécialisé en voyage gourmand pour magazine en ligne, j'écris d'habitude depuis mon bureau près de Caen. J'ai 42 ans, une fille de 8 ans, et je compte mes départs avec précision quand le calendrier se tend. Ma Licence en Lettres Modernes (Université de Caen, 2005) m'a appris à être net sur les détails, pas à me faire des illusions sur un séjour manuel. Depuis 15 ans, je signe une vingtaine d'articles par an, et je ne pars pas pour dépenser sans compter.

J'ai choisi le gîte du Mas Provençal parce que le programme annoncé était simple, cueillette, tri, puis passage au moulin. Ce trio m'a plu d'emblée, car il évitait la parade touristique. Je me suis retrouvé dans un séjour où chaque geste avait un but, pas un décor. Le cadre m'a tout de suite semblé plus franc qu'une escapade où l'on se contente de regarder.

Je pensais tenir la journée sans trop forcer. J'avais en tête une activité douce, presque décorative, comme un dimanche à la campagne. J'ai été convaincu dès le premier appel avec le propriétaire que ce serait plus physique que ça. Avec ma fille de 8 ans à la maison, je mesure vite ce que quelques jours loin demandent d'organisation.

Dans l'esprit de Slow Food France, j'avais envie d'un rapport direct au produit. Je pensais aussi aux repères d'INRAE sur la fraîcheur des fruits, et je voulais voir à quel moment la fraîcheur se perd. J'étais parti avec une idée simple, presque naïve, cueillir, goûter, rentrer. En réalité, j'allais surtout apprendre à patienter sans laisser le lot traîner.

La première matinée, entre branches, filets et odeurs de feuille froissée

Le réveil a sonné avant 6 heures, et j'ai rejoint les autres avec une tasse encore trop chaude dans la main. Les filets ont été tendus sous les arbres dès l'arrivée des participants au gîte, et la toile a pris la lumière grise du matin. Quand les premières olives sont tombées, le son était sec, puis plus mat sur les fruits bien mûrs. Le premier matin, j'avais mal posé un filet, et quelques fruits ont roulé dans l'herbe.

Je me suis retrouvé bras levés pendant de longues minutes, avec les avant-bras griffés par les rameaux. Au bout de 12 minutes, mes doigts collaient déjà. Franchement, c'était plus exigeant que prévu. La peau cireuse et glissante des olives m'a surpris, parce que je m'attendais à quelque chose simple à prendre en main.

L'odeur de feuille froissée, de bois chaud et d'herbe coupée s'est installée sur mes manches. J'ai commencé à sentir la chaleur sèche monter sur la nuque, et j'ai compris que le soleil n'était pas un décor. À chaque brassée, mes doigts laissaient une trace poisseuse sur le cuir de mes gants. J'ai gardé cette sensation sur la peau bien après le déjeuner.

Le plus délicat n'était pas de remplir la cagette. C'était d'éviter d'écraser les fruits, car une olive marquée par un choc se repère tout de suite au tri. Quand je secouais trop fort une branche, je ramenais plus de feuilles que d'olives, et le fond de la caisse se remplissait de brindilles. Je triais tout de suite, sinon le lot se salissait et le travail doublait.

La fatigue s'est invitée, puis le moulin m'a fait basculer

Le tri à l'ombre m'a paru plus long que la cueillette. Entre les feuilles, les brindilles et les fruits marqués, j'avais l'impression de remplir surtout un bac à déchets. Après 2 heures, mes épaules tiraient déjà, et je regardais l'heure plus que je ne regardais la caisse. Le fond de la caisse se couvrait presque autant de résidus que de fruits.

J'ai aussi fait une bêtise en glissant une poignée d'olives dans un sac plastique, juste pour gagner du temps. Au retour, le sac avait chauffé au soleil, et une odeur de fermentation m'a sauté au nez quand je l'ai ouvert. Là, j'ai hésité une seconde sur la qualité du lot, et je me suis senti bête. J'ai compris, un peu tard, que ce genre de chaleur change vite l'ambiance du fruit.

La visite au moulin a remis tout ça d'aplomb. La première pâte est sortie très verte et trouble, presque laiteuse par endroits, puis l'huile a commencé à se poser. Quand j'ai goûté, le fruité vert m'a picoté la gorge avec un poivré net, et j'ai compris que le séjour valait plus que les photos. Je n'avais jamais perçu à ce point l'écart entre l'olive cueillie et l'huile fraîche.

Le passage au moulin a été le vrai tournant. On n'amène pas les olives plusieurs jours après, car la pâte s'oxyde vite et le nez perd sa fraîcheur. J'avais vu à quel point quelques heures changent déjà la texture, surtout quand la journée traîne sous la chaleur. Je l'ai compris en voyant un autre lot arrivé après moi, déjà plus terne au goût.

Ce que j'ai gardé de Banne en rentrant du côté de Caen

Depuis ce séjour, je ne charge plus mes matinées avec autre chose. La cueillette fonctionne mieux à l'aube, puis le tri à l'ombre prend la suite sans courir. Les après-midis lourds, je les ai laissés tomber, parce que mes épaules n'aimaient pas le rythme. Je préfère rentrer avec une journée nette qu'avec un programme qui s'étire.

Je ne referais pas le sac plastique, ni le tri précipité. Je préfère des cagettes, même modestes, et je préfère rentrer avec moins de kilos plutôt qu'avec un lot fatigué. Cette fois-là, j'ai compris qu'une petite récolte propre vaut mieux qu'une caisse trop pleine. Au final, deux cagettes bien tenues m'ont appris davantage qu'un grand volume mal soigné.

En tant que rédacteur spécialisé en voyage gourmand pour magazine en ligne, je sais aussi que je ne peux pas raconter ce séjour comme une fiche technique. Pour l'analyse très fine de l'huile, je laisse le moulin parler, puis les techniciens locaux quand le sujet devient trop précis. Mon angle reste le geste, le lieu et ce que cela m'a fait au nez. Je n'irai pas plus loin que ce que j'ai pu voir et goûter.

Je suis rentré du côté de Caen avec l'odeur de feuille froissée encore sur ma veste, et ma fille m'a demandé pourquoi mes mains sentaient l'olive verte. Je lui ai dit que Banne m'avait appris la patience des fruits et l'impatience de la chaleur. Pour quelqu'un qui accepte de finir les bras lourds et le carnet taché, ce séjour de 3 jours a du sens. Pour moi, il a surtout rappelé qu'un produit frais ne supporte pas l'attente.

Bastien Lacroix-Morin

Bastien Lacroix-Morin publie sur le magazine Gites Loucastel des contenus consacrés au voyage gourmand en France, aux spécialités régionales, aux adresses inspirantes et aux repères utiles pour organiser une escapade culinaire. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la mise en valeur des territoires à travers leurs saveurs.

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