Quand mon âne a refusé d’avancer, j’ai douté que ce soit la meilleure façon de voir le terroir

juin 28, 2026

La randonnée avec un âne avançait à 2 km/h quand le bât a claqué contre son flanc, juste avant un passage étroit au soleil, près de Balazuc, en sud Ardèche.

Depuis mon coin de Caen, je suis parti 3 heures vers cette boucle pour voir si le terroir gagnait vraiment à être pris si lentement. Après une descente de rivière avec le vent de face, j'ai commencé à douter sérieusement, et je vais surtout préciser dans quels cas cette sortie tient la route, et dans quels cas elle devient pénible.

Le jour où j’ai compris que le bât mal réglé gâche tout

J'ai d'abord serré les sangles, puis j'ai repris la charge dans les sacoches, parce qu'elle pesait presque 20 kg. J'avais glissé trop de choses d'un côté, et l'âne a tout de suite penché de l'épaule. Le cuir a frotté sur le poitrail, puis le petit claquement sec du bât contre le flanc m'a averti avant même l'arrêt.

J'ai vu ses oreilles se coucher doucement, signe qu'il allait refuser de passer sur ce pont étroit, et c'est là que j'ai su que je n'avais pas fait les bons réglages. Sa tête partait vers l'arrière, sa démarche devenait raide, et sur le terrain caillouteux en montée il s'est figé net. J'ai été frappé par la vitesse à laquelle une promenade censée être simple se met à coincer pour un détail de sangle.

Depuis mes années comme rédacteur spécialisé en voyage gourmand pour magazine en ligne, je sais qu'un détail mal réglé prend toute la place dans le récit. Là, au lieu de lire le paysage, je passais mon temps à remettre la charge d'aplomb. Sur une boucle annoncée à 8 km, qui file plutôt vers 3 heures avec les pauses, j'ai compris que la lenteur ne vaut rien quand elle tourne à la mécanique de fortune.

Le plus agaçant, c'est la répétition. Je resserrais, il repartait, puis l'arrêt revenait quelques centaines de mètres plus loin. Un habitant du village s'est approché pendant que je recommençais, et sa remarque sur le four à pain du hameau a tout de suite changé mon humeur. Je me suis retrouvé à écouter le chemin au lieu de lutter contre lui, avec cette odeur de crottin mêlée à celle du foin chaud et de la poussière sur le chemin creux.

La rivière m’a montré le terroir, mais à quel prix physique et logistique

Pour la descente, j'ai payé 30 euros par personne et j'ai cru tenir une demi-journée tranquille. Erreur bête. Mon sac étanche était mal fermé, le pique-nique a pris l'eau au premier clapot, et les vêtements ont fini humides avant même le premier seuil. Je me suis retrouvé à surveiller le moindre geste au lieu de regarder la berge.

Le vent de face a tout durci. Le canoë partait de travers, je corrigeais sans arrêt, et les bras chauffaient plus vite que je ne l'avais imaginé. Sur 10 km, qui paraissent simples sur une carte, j'ai compris que le courant, les pierres et la fatigue changent tout. J'étais sûr de moi au départ, puis chaque coup de pagaie m'a ramené à la réalité.

En débarquant, mes chaussures se sont enfoncées dans la vase glissante, mon sac était trempé et le pique-nique avait viré à la bouillie, un vrai coup au moral après trois heures sur l'eau. Le débarquement a tout gâché parce que je n'avais pas préparé la fin de sortie avec assez de soin. Les galets glissaient, le gilet collait à la peau, et je n'avais qu'une envie, poser les affaires et souffler.

Pourtant, depuis l'eau, le terroir se lit autrement. J'ai vu la ligne d'écume au bord des pierres, les petits tourbillons près d'un seuil, les coteaux au-dessus des vignes, et un moulin que je n'aurais jamais remarqué depuis la route. J'ai compris que la rivière donne une lecture du relief très nette, mais elle laisse peu de place pour s'arrêter, toucher une pierre ou discuter avec quelqu'un au bord du chemin.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de partir (et ce que j’ai appris sur mes erreurs)

Le premier point, c'est le réglage du bât. Je vérifie maintenant les sangles une à une, puis le poitrail, avant de charger quoi que ce soit. Un âne porte bien autour de 15 à 20 kg, pas plus si je veux qu'il garde une allure souple. Sur terrain caillouteux et montée longue, le moindre frottement sous le poitrail finit par se voir dans sa façon d'avancer.

Pour l'eau, j'ai changé de méthode sans discuter avec moi-même. Je prends un sac étanche fermé jusqu'en haut, des chaussures fermées, et je regarde le vent avant même de poser le canoë à l'eau. Avec ma fille de 8 ans, j'ai déjà vu qu'un goûter détrempé suffit à plomber une sortie, et pour une fatigue qui traîne chez un enfant je préfère laisser la place au pédiatre. Là, je ne force pas le trait, je corrige le matériel.

J'ai aussi arrêté de vouloir faire trop long. Quand je chargeais la journée comme si j'avais dix heures devant moi, je me retrouvais avec un animal fatigué, des adultes crispés et un rythme cassé. Depuis, je préfère moins de distance et plus de pauses. Je regarde mieux un lavoir, une ferme ou un four à pain, et je rentre plus léger. Mon métier de Rédacteur spécialisé en voyage gourmand pour magazine en ligne m'a appris ce point-là à mes dépens, dans mes articles comme sur le terrain.

À qui je le recommande, à qui je le déconseille

Je le recommande à un couple prêt à accepter 30 euros par personne, 3 à 5 heures de balade et quelques arrêts imprévus devant un lavoir ou un four à pain. Je le recommande aussi à une famille avec un enfant de 8 ans ou plus, à condition qu'il supporte bien le pas lent et les pauses fréquentes. Il convient enfin à un lecteur qui aime parler avec les gens du coin, même dix minutes, sans chercher à cocher des kilomètres.

POUR QUI NON : je le déconseille à celui qui veut avancer sans toucher au matériel, parce que le bât, les sangles et la charge finissent toujours par se rappeler à vous. Je le déconseille aussi à la famille avec un enfant de 6 ans fatigué au bout d'une heure, ou au profil qui déteste les sacs mouillés, les chaussures pleines de vase et les ajustements sur la berge. Si vous cherchez une sortie sans imprévu, ce duo n'est pas le bon.

  • Une balade à pied classique me paraît plus nette si je veux juste marcher et multiplier les pauses terroir sans manipuler un bât.
  • Le vélo électrique me va mieux quand je veux couvrir plus de distance en moins de temps, avec moins d'attente au départ.
  • La visite guidée gourmande reste plus cadrée, mais elle me laisse moins cette sensation de territoire traversé au ras du sol.
  • Une descente de rivière plus courte me semble plus sage quand le vent dépasse ce que je veux encaisser.
  • Une boucle à l'âne de 8 km me convient seulement si je pars léger et que j'accepte de m'arrêter quinze fois.
  • Le four à pain de Balazuc vaut mieux comme étape de marche ou de canoë que comme prétexte à courir.

Mon verdict : l'âne me paraît le plus juste pour quelqu'un qui accepte 3 à 5 heures de lenteur, 15 kg de charge et des pauses qui surgissent au milieu du chemin, tandis que la rivière ne me paraît valable que si le vent reste sage et que le sac étanche tient vraiment. Sur le chemin de Saint-Léonard, je garde l'âne pour la discussion et les arrêts, puis le canoë pour le relief, mais pas quand je cherche une sortie propre de bout en bout. Je suis rentré avec une idée très claire : je choisis l'âne pour vivre le terroir de près, et la rivière seulement quand j'accepte la logistique en plus.

Bastien Lacroix-Morin

Bastien Lacroix-Morin publie sur le magazine Gites Loucastel des contenus consacrés au voyage gourmand en France, aux spécialités régionales, aux adresses inspirantes et aux repères utiles pour organiser une escapade culinaire. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la mise en valeur des territoires à travers leurs saveurs.

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