Ce jour où j’ai perdu 90 € à cause du vent sur le plateau avec mon âne

juillet 15, 2026

La rando-âne a déraillé quand le vent a claqué dans les oreilles de Gustave, sur le plateau ardéchois, juste après la dernière haie. Depuis du côté de Caen, je suis parti pour une journée en sud Ardèche avec ma compagne et ma fille de 8 ans, et j’avais 90 € en tête dès le départ. En bas, à Coucouron, le ciel semblait docile. En haut, tout a changé en quelques minutes, et j’ai compris trop tard que la balade n’avait rien d’anodin. Je me demande encore si j’aurais dû m’arrêter au premier signe de vent.

Je pensais que vérifier la météo du village suffisait, grosse erreur

Je voulais une sortie simple, pas une expédition. Ma fille voulait marcher à côté de l’âne, lui donner une carotte, puis rentrer avec des images plein la tête. Je cherchais surtout une activité calme, dans un budget qui restait serré, sans devoir aligner les dépenses pour un repas compliqué ou une nuit .

J’ai regardé la météo du village, pas celle du point haut. Le bulletin annonçait un ciel correct en vallée, alors j’ai choisi l’après-midi. J’aurais dû ouvrir la carte du relief et demander au prestataire à partir de quel vent il annulait vraiment. Mon métier de rédacteur m’a appris à vérifier les détails pratiques avant de partir, et ce jour-là je n’ai pas assez regardé les hauteurs.

Le piège, c’était le microclimat. Quelques centaines de mètres plus haut, l’air piquait déjà au parking, et les arbres bougeaient fort avant même qu’on ait accroché le bât. J’étais sûr de moi, parce que la vallée restait claire, mais le plateau n’avait pas la même humeur. Je ne savais pas encore que Gustave réagirait au vent comme à un mur invisible.

Quand le vent a arrêté l’âne, j’ai compris que j’étais mal parti

La montée vers la crête a commencé presque gentiment. Puis les rafales ont pris sur le flanc ouvert, et les oreilles de Gustave se sont couchées d’un coup. J’ai été convaincu, pendant deux minutes, que ça passerait dès le prochain replat. En fait, le vent s’installait déjà, et je n’avais pas vu le signal qui venait du haut, pas du bas.

Au premier passage découvert, l’âne s’est figé net. Le licol a bougé d’un quart de tour, le bât a glissé d’un rien, et les sabots ont fait ce bruit sec sur le caillou humide, plus nerveux que sur la terre battue. Je me suis retrouvé avec un animal planté au milieu du chemin, le regard de biais, les oreilles plaquées, comme s’il refusait la suite. J’ai été frappé par le silence autour, juste cassé par le vent et par mon propre souffle.

J’ai essayé d’avancer à côté de lui, puis d’appeler doucement, puis de reprendre la longe avec plus de fermeté. Rien n’a changé. Je me suis senti inutile en moins d’une minute, et ma fille a cessé de parler, ce qui m’a encore plus pesé. L’âne ne faisait pas semblant. Il refusait franchement, et je n’avais pas de prise sur cette résistance.

La balade écourtée qui m’a coûté 90 € et des heures perdues

Le moment où j’ai abandonné est arrivé sans élégance. Après la dernière zone un peu abritée, le vent est devenu brutal, puis le brouillard a monté d’un seul coup, en mangeant le paysage par blocs. En douze minutes, la visibilité est tombée à quelques dizaines de mètres. J’ai regardé Gustave, puis le chemin, puis ma fille qui avait froid aux doigts, et j’ai compris que continuer n’avait aucun sens.

La facture, elle, n’a pas bougé. L’acompte est resté perdu, et les 90 € sont partis avec la réservation, sans retour possible. J’ai aussi laissé 47 euros dans l’essence, deux sandwichs et un café avalé trop vite avant de repartir. Sur le papier, je payais pour une balade. Dans les faits, j’ai surtout payé pour une demi-heure de marche hachée et une sortie cassée.

Le plus dur, ce n’était pas l’argent seul. C’était la déception de ma fille, qui avait déjà choisi le chemin avant de choisir l’âne, et qui m’a demandé pourquoi on rentrait si vite. J’ai dû lui répondre sans me cacher derrière le vent. Le retour a été silencieux pendant 3 km, avec cette sensation d’avoir gâché une parenthèse qui devait rester simple.

Si j’avais su que le vent pouvait bloquer l’âne, je ne serais pas venu ce jour-là

Je n’avais jamais réalisé que le vent ne gênait pas seulement les humains, mais que l’âne lui-même s’arrête net, oreilles plaquées, comme s’il voulait se protéger d’une menace invisible. Sur ce genre de plateau, la sécurité tient à peu de choses. Quand le bât bouge, que l’animal se tend et que le sol glisse un peu, la balade perd sa douceur très vite. Là, je n’ai pas eu affaire à une lubie de bête, mais à un vrai refus de continuer.

  • Des arbres qui bougent fort au parking, avant même le départ.
  • Une bande de nuages accrochée aux hauteurs, alors que la vallée reste claire.
  • Un sol sombre avec traces de ruissellement et pierres luisantes dès qu’on quitte le chemin sec.
  • Une visibilité qui chute à quelques dizaines de mètres dès qu’on prend la crête.

Depuis cette sortie, je regarde le point haut exact, pas le village en bas. Je privilégie le matin, quand le plateau n’a pas encore pris sa mauvaise humeur, et je demande clairement ce qui se passe si le vent forcit avant le départ. Mon métier de rédacteur m’a appris à vérifier les détails utiles, mais là je les ai cherchés trop tard. J’emporte aussi des couches chaudes et des chaussures qui accrochent mieux, parce que les cailloux humides n’ont rien d’un décor neutre.

Aujourd’hui, je ne referai plus cette erreur, même si ça veut dire renoncer

Cette journée m’a laissé une leçon simple et un peu sèche. J’ai été convaincu que le décor du bas suffisait, puis le plateau m’a remis à ma place sans discuter. J’étais sûr de moi, et j’ai perdu du temps, de l’argent, et un peu de crédit auprès de ma fille. Le respect de l’animal a pris le dessus sur mon envie de finir la boucle coûte que coûte.

J’ai cru que le vent, c’était juste un détail désagréable, mais c’est devenu un mur invisible entre moi, l’âne et la balade que j’avais imaginée. À un moment, j’ai hésité à continuer quand même, juste pour ne pas décevoir ma fille, puis la réalité a sauté au visage avec le brouillard et les oreilles plaquées de Gustave. Je me suis retrouvé devant un choix assez bête, en fait, continuer pour sauver l’idée ou rentrer avec la scène telle qu’elle s’était vraiment passée.

Pour quelqu’un qui accepte de renoncer dès que le vent monte franchement, cette sortie montre surtout que le plateau ardéchois n’a rien du calme de Coucouron quand les rafales prennent la crête. Moi, j’ai payé 90 € pour apprendre que la prudence compte plus que l’idée qu’on se fait d’une balade. Je suis rentré avec la fatigue, la déception de ma fille et une facture qui m’est restée en travers de la gorge, et j’aurais dû laisser Gustave derrière la première haie au lieu de m’entêter.

Bastien Lacroix-Morin

Bastien Lacroix-Morin publie sur le magazine Gites Loucastel des contenus consacrés au voyage gourmand en France, aux spécialités régionales, aux adresses inspirantes et aux repères utiles pour organiser une escapade culinaire. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la mise en valeur des territoires à travers leurs saveurs.

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